Le Bro Gozh, celte ou pas celte ?

C’est la question pour le moins bizarre et anachronique qui est posée, parmi d’autres, au cours de l’exposition « Celtique ? » proposée par le Musée de Bretagne à Rennes.

Le Quotidien (Luxembourg), 2 août 2022

L’une des pièces de l’exposition montre un rassemblement de druides à Saint-Brieuc, en 1906. «Adieu les mythes?», interroge pourtant le musée de Bretagne. (Photo : collection musée de bretagne)

Pour avoir questionné l’image d’une «Bretagne celtique», une exposition crée la polémique à Rennes, s’attirant les foudres du musicien Alan Stivell et d’un professeur d’université.

L’idée du musée était de répondre à la question : pourquoi la Bretagne est le territoire en France qui incarne le plus l’héritage celtique?», a expliqué Corinne Poulain, directrice générale des Champs Libres, le bâtiment qui abrite le musée de Bretagne, à Rennes, où se tient l’exposition «Celtique?» depuis le 18 mars. La culture celtique n’est en effet pas spécifique à la péninsule armoricaine. À l’âge de Fer, les populations appelées «Celtes» occupaient une large partie de l’Europe, au Ier millénaire avant notre ère.

Après une riche partie archéologique, avec pièces, statuettes et couteaux de l’âge de Fer, l’exposition explore l’évolution de la «construction d’un récit celtique», du Moyen Âge au XIXe siècle, puis les régionalismes et nationalismes du XXe siècle. En conclusion, un panneau intitulé «Alors, adieu les mythes?» évoque la «construction longue, non linéaire, mais particulièrement volontaire» de l’image d’une «Bretagne celtique» née d’un «besoin universel de se différencier», «quitte à créer de toutes pièces un héritage». «Il n’y a pas de filiation directe entre les faits culturels d’aujourd’hui et ceux des populations de l’Antiquité», assène alors la conclusion.

«Manipulation des esprits»

«C’est un peu la thèse que la Bretagne a été créée au XIXe siècle», regrette un membre du comité scientifique de l’exposition, sous couvert de l’anonymat, en se disant «un peu gêné» par certains panneaux découverts lors de l’inauguration.

Fin mai, le musicien et militant de la culture celtique Alan Stivell, parrain de l’exposition, a claqué la porte en vilipendant une «manipulation des esprits» et un traitement biaisé. «Beaucoup trop d’éléments sont montrés de façon sectaire et idéologique», a-t-il dénoncé sur Facebook.

Un professeur monte au créneau

Un mois plus tard, c’est un professeur de culture et langue bretonnes à l’Université de Rennes 2, Ronan Le Coadic, qui a pointé des «falsifications» dans un long article intitulé Manipulation idéologique au musée de Bretagne. «Comment peut-on dire qu’il n’y a pas de filiation culturelle quand il y a une filiation linguistique?», interroge le sociologue dans un entretien, en soulignant la filiation attestée entre le breton et les langues celtiques de l’Antiquité.

En outre, «il est faux d’affirmer que l’image de la Bretagne celtique serait simplement la construction de Bretons», estime-t-il. Car ce sont les auteurs français qui «ont collé l’étiquette « celtique » sur les Bretons afin de souligner leur sauvagerie et leur arriération», le mouvement breton ayant simplement cherché à «inverser le stigmate», selon lui.

Des corrections à venir

Le professeur regrette également que les travaux d’ethnologie de Donatien Laurent, montrant une filiation entre un rite celtique et une procession religieuse catholique, n’aient pas été pris en compte. «Il n’y a pas de jugement de valeur», tempère Corinne Poulain. «On part du principe que toute culture est issue d’une fiction et d’une réalité», assure-t-elle, tout en reconnaissant «quelques maladresses» et des «adjectifs un peu déplacés».

L’exposition sera corrigée durant l’été, promet la directrice. «Notre but n’est pas de nourrir la polémique. On en est désolé car ça nuit à l’objet de l’exposition qui est de transmettre des connaissances», explique-t-elle. La conclusion, «trop fermée» et en contradiction avec certaines parties de l’exposition, sera notamment «étoffée» et «mise en perspective», promet-elle.

Une définition très large du «celtisme»

Une série de questions-réponses, tout au long de la visite, sur le thème «Celte/pas Celte» devrait également être modifiée : le roi Arthur et l’hymne breton, le Bro gozh ma zadoù («Vieux pays de mes pères»), y étaient qualifiés de «pas celtes» car pas issus de l’âge de Fer. Des réponses d’autant plus surprenantes que plusieurs scientifiques, interrogés en début d’exposition, donnaient une définition très large du «celtisme», en fonction de leur discipline. (….)

Landévennec: le Bro Gozh pour Nominoë et Anne de Bretagne

C’est sur le site de l’ancien hôtel Beau Rivage à Landévennec que se créée actuellement un projet innovant associant économie et culture. C’est sous la férule de Serge Capitaine, bien connu dans le monde économique breton, notamment du côté de chez Coreff, que va se développer à la fois un projet économique autour d’une distillerie et d’un pub , et un centre d’interprétation de l’histoire de la Bretagne sous l’égide de l’association Histoire et Culture de Bretagne rassemblant divers organismes dont Skol Vreizh ou encore l’Institut Culturel de Bretagne. Ce projet porté en son temps par le regretté Patrick Malrieu, président de l’Institut, prend désormais forme et ce vendredi 20 mai, ce sont deux statues monumentales très symboliques qui y ont pris place, Nominoë et Anne de Bretagne, au son du Bro Gozh interprété par un couple de sonneurs et chanté par les personnes présentes.

L’ensemble devrait ouvrir au printemps 2023.

Dublin: le Bro Gozh pour la Saint Patrick

Dans le cadre du Festival de la Saint Patrick 2022 à Dublin qui comprenait 4 journées du mercredi 16 au dimanche 20 mars avec de très nombreux évènements, était notamment proposé aux Collins Baracks, centre névralgique du Festival, une rencontre entre deux chanteuses, l’irlandaise Sarah Ghriallais et la bretonne Clarisse Lavanant.

A cette occasion et pour clore la rencontre, le Bro Gozh fut interprété par Clarisse Lavanant après avoir expliqué en quelques mots ce qu’il représentait pour elle.

1er Juillet 1945: les Sénans chantent le Bro Gozh

Fin juin, début juillet 1945, la BBC réalise une série de reportages dans divers endroits symboliques de la seconde guerre mondiale. La Radiodiffusion Française envoie Lise Elina couvrir la visite de la chaine britannique à l’Ile de Sein.

Durant ce reportage de 11 minutes, on entend les Sénans chanter le Bro Gozh vers la 9ème minute.

Pour écouter cette émission et entendre le Bro Gozh des Sénans, cliquer ici.

France Culture, 8 septembre 2020

1945 |Reportage à l’Île de Sein par Lise Elina pour la Radiodiffusion française (enregistré le 01/07/1945 Programme parisien).

L’Île de Sein, au large de la baie de Douarnenez, 1200 habitants, un puits, deux menhirs et un dolmen.. elle sera faite médaille de la résistance française en août 1946. Mais avant cela, en juillet 1945, la journaliste Lise Elina était sur place pour un reportage qui donnait à entendre des témoignages d’habitants sur la guerre toute récente encore.

Ni gaz, ni électricité, ni eau courante, un horizon qui se borne à la mer, à la pêche, l’Île de Sein propose un paysage grandiose mais un peu sinistre parfois. Le 18 juin 1940 les habitants entendirent l’appel du général de Gaulle. La vie durant la guerre fut difficile sans la plupart des hommes partis combattre.

On entendait dans ce reportage les habitants de l’Île de Sein chanter des airs traditionnels et témoigner de leur vie insulaire durant la guerre, qui venait à peine de s’achever.

  • Par Lise Elina
  • Reportage à l’Île de Sein : Diffusion sur la Radiodiffusion française (Enregistré le 01/07/1945  Programme parisien)
  • Indexation web : Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

Bro Gozh et Franc-Maçonnerie…..

Le blason de la loge Breizh, à Brest. (©DR)

Actu.fr, 21 novembre 2019

Où l’on apprend que l’on chante le Bro Gozh dans certaines loges.

Arnaud d’Apremont vient de publier une somme sur la franc-maçonnerie en Bretagne. Son ouvrage révèle les particularités et les aspects « identitaires » de loges bretonnes.

Fruit d’un colossal travail d’enquête mené à la faveur d’un mémoire du Diplôme d’études celtiques, le livre d’Arnaud d’Apremont lève un voile sur la franc-maçonnerie en Bretagne.

Au terme de son étude auprès des loges et des salles humides (lieux maçonniques aux profanes), le journaliste et écrivain rennais malmène d’abord les fantasmes. Surtout, dans son ouvrage Le Compas et l’Hermine, il s’attache à révéler les spécificités de la franc-maçonnerie en Bretagne.

Véritable démarche sociologique, cette investigation dans le microcosme de cette franc-maçonnerie enveloppée de mystères permet aussi d’examiner ce panorama sacrément kaléidoscopique, d’inventorier et de démêler les nombreuses obédiences et loges implantées en Bretagne.

« Il s’agit d’une photographie, mais en aucun cas d’un jugement », prévient l’auteur.

Premiers initiés dès 1644

En terre armoricaine, l’origine de la présence des frères initiés n’est pas, loin de là même, anecdotique. Elle est même attestée avant l’officialisation de la maison mère et de référence en 1717, à Londres.  Elle coïncide précisément à la guerre civile en Angleterre qui provoque l’exil de nombreux gentilshommes. Beaucoup vont faire souche en Bretagne, à l’image du célèbre facteur d’orgues, Robert Dallam.

Arnaud d’Apremont livre une histoire éclairée des premiers initiés en Bretagne, dès 1644, avec l’exode des Jacobites et leur implantation le long des ports de la Manche et de l’Atlantique. « Il existe une trace importante des frères parmi les armateurs ou encore des élèves des collèges jésuites de Quimper et de Brest », indique-t-il, envisageant même une très plausible filiation méthodologique entre les illustres Taolennoù de Michel Le Nobletz avec les tableaux de loges maçonniques.

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Certains rituels en breton

C’est toute la trame de l’étude menée par Arnaud d’Apremont, qui réussit le tour de force d’exhumer et de dévoiler des orientations, des accessoires, des attributs et même des noms tirés des matières bretonne et celtique. C’est notamment le cas d’une obédience qui a adopté le tartan national breton.

Certaines loges utilisent même parfois des rituels en breton. Plus surprenant, d’autres vont jusqu’à entonner l’hymne national breton, le Bro gozh ma zadoù, en début de tenues. Il existe même un Bro gozh réadapté en version maçonnique… dont l’auteur s’est procuré les paroles.

« Rattachées au rite écossais, d’autres loges officient avec un glenngary (calot) orné d’un insigne distinctif : une hermine accompagnée de la devise bretonne, « Jamais souillée ».

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