Emma, la Suédoise qui évoque le Bro Gozh.

Emma Oxenby Wohlfart, historienne suédoise de 30 ans, vit en Finistère depuis trois ans. Un choix de vie, pour lequel elle a tout quitté de son pays natal.

Emma Oxenby Wohlfart, historienne suédoise de 30 ans, vit en Finistère depuis trois ans. Un choix de vie, pour lequel elle a tout quitté de son pays natal.

Le Télégramme, 11 juillet 2015, par Anne-Cécile Juillet

Suédoise par naissance, Bretonne par choix : voilà comment Emma Oxenby Wohlfart se présente. En 2011, la trentenaire a quitté sa Suède natale et a posé ses valises en Bretagne. Au point d’apprendre le breton et de raconter sa nouvelle vie sur un très joli blog, « Entre coq et hermine ».

La Toyota Corolla était pleine à craquer. « Les valises… Le chien… Un vieux coffre de famille… Et mon mari ! », énumère Emma en riant. Et puis voilà : ils sont partis. Finie la vie à Höör dans l’extrême sud de la Suède ; terminées les journées d’hiver « sans jamais voir le soleil » ; cap au suroît, 2.000 kilomètres plus loin ! C’était il y a bientôt quatre ans, et toujours aucun regret. Dans le for intérieur d’Emma, historienne de 30 ans, il y avait depuis longtemps ancrée cette envie de vivre en France, pays chéri des vacances d’été de son enfance. « Avec mes parents, nous avons visité un nombre incroyable de coins comme la Normandie, la Champagne, la Bourgogne, se souvient-elle. Jamais la Bretagne, étonnamment ».

Un choix statistique

Pourquoi, alors, venir ici plutôt qu’ailleurs ? « Au départ, c’était un choix tout à fait raisonné, détaille Emma. Pendant deux ans, alors qu’avec mon mari, Magnus, notre projet de vivre en France prenait corps, j’ai étudié tout un tas de statistiques sur la France. Région par région, j’ai épluché les taux de chômage, le climat, le coût de l’immobilier… C’est la Bretagne qui l’a emporté haut la main selon nos critères ! ». L’occasion pour elle d’affirmer, au passage, ne pas comprendre les gens qui réduisent le climat armoricain à une succession d’averses. « Je vous assure que l’hiver, il pleut bien plus dans le sud de la France qu’en Bretagne », plaide-t-elle, très sérieusement. Après tout, ce sont les statistiques qui le disent… Elle se souvient de leur arrivée, dans un petit village du côté de Josselin (Morbihan) avec son Magnus qui ne parle pas un mot de Français, elle à peine plus, et ce voisin qui les a pris sous son aile, leur a ouvert les portes de sa maison, les a invités à fêter Noël : « En Suède, je ne connais personne qui aurait fait ça ! ». Depuis, le couple a quitté le Morbihan pour retaper une vieille longère, à Bolazec (29), entre Morlaix et Carhaix. Emma, historienne de formation, vit de son activité de rédactrice free lance, tandis que son mari compose des mélodies publicitaires qui partent en Grande-Bretagne ou aux États-Unis. « Avec internet, Bolazec, c’est le centre du monde ! », s’exclame-t-elle.

« Nous, les Bretons de coeur ! »

Assez rapidement, les raisons statistiques de leur installation vont être balayées par des raisons que la raison ignore… « Je suis tombée amoureuse de la Bretagne. C’est bien simple, ici, j’aime tout. Il n’y a que le beurre salé, j’ai un peu de mal, pour l’instant je ne parviens à avaler que le demi-sel ! ». Elle trouve « la Bretagne tout le temps verte, ouverte. J’aime son climat, et ici les gens sont sympas et fiers d’être bretons. Ça me plaît ! ». Pas étonnant, lorsque l’on apprend que la mère d’Emma l’a nourrie à l’amour de la Scanie, sa propre région, en Suède. « Le régionalisme était dans le lait maternel ! », analyse-t-elle. « Et puis, complète Emma, c’est le Bro Gozh (l’hymne breton) lui-même qui le dit :  » Ni, Breizhiz a galon « , ce qui veut dire  » Nous, les Bretons de coeur  » ! Ce n’est pas une question de sang ou de naissance ».

Pour accélérer son apprentissage du français, Emma ouvre un blog, peu de temps après son arrivée. Aujourd’hui, ce site internet (*) sonne comme une déclaration sans cesse renouvelée à son « bro » d’adoption. Elle y recense avec esprit et curiosité les aléas de sa nouvelle vie. Interroge les clichés bretons avec une bonne dose d’autodérision, se hasarde à la cuisine locale, fait partager des endroits qui l’ont subjuguée… Et espère en faire un espace de discussion avec « ceux qui aiment la Bretagne et ceux qui ne la connaissent pas encore ». Dernier défi en date : apprendre le breton, histoire de s’assimiler encore plus à sa terre d’élection. « Pour cela, j’ai téléchargé trois ans de programmes télé bilingues », s’esclaffe Emma. « Emma er vro », sourit-elle. Emma en son pays.

Le blog d’Emma : http://entrecoqethermine.fr

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